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De la route à la Voie 

 



          Ce lundi matin 27 août 1973, à la sortie de Saint-Nazaire, quand j’ai levé le pouce(1) pour prendre la route, je ne pensais pas que j’allais rencontrer la Voie….

          Le programme était relativement simple, faire le tour du monde en stop ou en utilisant les moyens de transports locaux… L ‘argent devait être suffisant pour aller jusqu’en Australie y travailler, puis repartir vers les Amériques.

           Il y a eu l’imprévisible Japon. La route s’est interrompue, mais la Voie commençait avec  la découverte de l’aïkido et du taïchi chuan.


Mai 1968

          En mai 1968, j’ai cru qu’on pouvait changer le monde !
          « Mai 1968 » m’a  fait réfléchir  sur l’avenir, sur le monde, sur moi : je ne voulais pas « entrer dans le système ». Alors partir…

          Partir est devenu une quête. Rester en France ne m’offrait pas de perspective d’évolution intérieure. Je craignais de « stagner ». J’aspirais à un « aboutissement », à la « totalité ». J’ai retrouvé ces trois termes dans mon « carnet de route ». Ils sont toujours d’actualité.

          Le voyage était une remise en question, au quotidien, de ce que j’étais. Traverser des pays que je ne connaissais pas, croiser, rencontrer des gens, découvrir des langues, des coutumes. Autant d’expériences à vivre, pas toujours faciles, mais toujours riches.

          A cette époque, le Japon était peu connu ou très mal connu : on voyait les premières petites Honda rouges sur les routes de France. On disait le pays pollué à tel point qu’il y avait des « distributeurs d’oxygène ». Et  pour moi nazairien, c’était un grand concurrent de la construction navale.

 

1974 – Le Japon
Découverte de l’Aïkido

          Comment le Japon s’est-il  trouvé sur la route ?
          C’est à Singapour que j’ai su que je ne pouvais pas aller en Australie. Je n’avais pas assez d’argent pour obtenir le visa.

          L’ancienne « Indochine » n’est pas très loin ! Le Vietnam est en guerre avec les Etats-Unis. Le Cambodge n’est pas recommandé non plus. Reste le Laos. C’est à Vientiane que je rencontre une française qui arrive du  Japon et qui m’apprend que je peux trouver du travail là-bas.

          J’arrive en septembre 1974 à Tokyo. Je commence à travailler dans un bar le « Tokyo Suntory ».  J’y rencontre un français qui fait du Judo au Kodokan de Tokyo. On discute, et c’est ainsi qu’après trois mois, le 2 décembre 1974, je vais avec lui m’inscrire à l’Aïkikaï de Tokyo. Ce que je savais de l’Aïkido : «un art martial non violent de self défense » !!!
          Tous les matins, j’ai pris le train puis le bus pour me rendre à Wakamatsucho (2), pour les cours débutants de 7h… Il ne faisait pas chaud, mais la graine a quand même germé.
          J’ai travaillé quelques mois dans le bar, puis j’ai commencé à enseigner le français dans de petites écoles pour finalement trouver un poste à l’Institut franco-japonais de Tokyo.
          J’ai pratiqué tous les jours, dimanche compris, jusqu’à  3 entraînements par jour…

          Parallèlement,  je m’intéressais au shiatsu, à l’acupuncture, à la macrobiotique, au Ki, au taoïsme, à la pensée japonaise…. Je m’ouvrais à un monde totalement inconnu.

          J’ai commencé à lire O Sensei grâce au petit journal trimestriel  « The Aikido », édité par l’Aïkikaï. Avec ténacité je déchiffrais le petit  article intitulé « Memorundum ». C’était des traductions des propos ou  des écrits de O Sensei. Je découvrais que l’aïkido était bien autre chose  qu’un art martial de défense.

          Pendant cette période, j’ai pratiqué le Seïtaï (3) avec Peter Shapiro, un américain qui vivait depuis 1967 au Japon.
          C’est lui qui parlera de l’enseignement d’ Hikitsuchi Sensei. A cette époque je ne voyais pas trop l’intérêt d’aller voir ailleurs alors que je pratiquais au « Centre mondial de l’Aïkido » !

 

1977 : Découverte du Taïchi Chuan et du Qi Gong

          C’est au cours d’un séjour en France pendant l’été 1976 que j’entends parler du taïchi chuan. C’est l’époque New Age en France, des nouvelles thérapies psycho-corporelles. Les disciplines orientales, dont le taïchi chuan, font leur apparition. Pour ce qui me concerne, c’est l’aspect méditatif qui m’attirait.

          De retour au Japon, une de mes élèves de Français, pratiquante de taïchi chuan, m’introduit près de son maître chinois, Yang Ming Shi.
          Je commence à pratiquer assidûment le taïchi chuan.

 

1981 – Retour en France

          En septembre 1981, je rentre définitivement en France. Avec Bernard Bleyer et Franck Noël, nous ouvrons un Dojo à Toulouse en 1982. C’est le début de l’enseignement de l’aïkido et du taïchi chuan à Toulouse.

 

1983 – « Oui, mais je peux te frapper ici ! »

          J’enseigne aussi  l’Aikido à Albi. J’obtiens quelques heures dans une salle privée.
          Voici une anecdote : c’était au tout début que j’enseignais, il n’y avait que deux ou trois élèves. Je démontrais un mouvement  sur une saisie. L’uke, au cours du mouvement, m’a dit : « Là je peux te frapper ! », oui, il le pouvait…
          Pour me sortir de cette situation embarrassante, j’ai  répondu: « Avec la dynamique tu ne pourras pas me toucher…. ». J’ai compris plus tard qu’avec une telle réponse, je « formatais » le partenaire.  Je construisais le mouvement afin qu’il me convienne. Cette anecdote m’est toujours restée à l’esprit. C’est peut-être pour ça que la rencontre avec Hikitsuchi Sensei a été immédiate.

 

1984 : Rencontre d’HIKITSUCHI Michio Sensei (1919 – 2004)

          Au cours du premier séjour d’Hikitsuchi Michio en France, un stage a été organisé à Toulouse. C’est à cette occasion que je l’ai rencontré. Quel choc ! C’était un personnage hors normes. J’ai remis en question 10 ans d’entrainement. Mon ego a été ébranlé !

          Les entraînements d’aïkido consistent  le plus souvent à imiter un mouvement, à le répéter. Nous pouvons certes l’améliorer, mais nous restons néanmoins dans quelque chose d’extérieur. Avec Hikitsuchi il faut trouver la vérité du geste. Si l’uke peut me frapper au cours de la technique, c’est que le geste est faux. Il n’y a que dans la vérité du geste que le ki peut circuler. Le dire est facile, le comprendre aussi je pense, mais le mettre en pratique est plus délicat. En fait, les techniques de l’Aïkikaï et celles d’Hikitsuchi ne sont pas différentes, mais c’est la façon de les exécuter qui change. Il faut rompre avec les habitudes, les formatages du corps.

          Avec Hikitsuchi Sensei, je ne sentais rien quand j’étais projeté. Je ne comprenais pas ce qui se passait. C’était la force du ki. De longues années de pratique m’ont conduit à expérimenter par moi-même ce phénomène.

 

1989 : Découverte de Ramana MAHARSHI (4)

          La lecture du livre « L’enseignement de Ramana Maharshi » m’a fait découvrir que nous nous identifions à notre égo. Ramana Maharshi discerne l’égo – le « je » qu’il nomme « moi » –  et la « conscience » qu’il nomme « soi ». Cette « conscience » subtile  est à trouver dans notre corps.
«  Du sein du Soi absolu s’élance l’ego, telle l’étincelle jaillissant  feu. Dans le cas de l’ignorant, l’ego, dès qu’il s’élève, s’identifie à un objet. Il ne peut s’empêcher de s’associer à un objet. Cette association est ajnâna ou ignorance. Sa destruction représente le but de la recherche spirituelle. »
(5)
          « Si l’homme parvient à obtenir la paix suprême su Soi, celle-ci se répandra autour de lui, sans aucun effort de sa part. Quand l’homme ne trouve pas la paix en lui-même, comment peut-il songer la répandre hors de lui-même. » (5)

 

1990 : Rencontre de GU MEISHENG (1926 – 2003) 

          J’ai rencontré GU Meisheng en 1990. Il enseignait  le taïchi chuan.

– « Vous êtes tous des bouddhas ! »

          La rencontre de Gu Meisheng a été essentielle sur trois points :

  1. « La Vraie Nature ». « Vous êtes tous des bouddhas (6) ! » Gu Meisheng utilisait les termes «  Vraie Nature » pour parler du « soi ».
  2. Par notre corps on peut trouver notre Vraie Nature. Le taïchi chuan est un moyen d’y parvenir, l’aikido aussi.
  3. Dans la pratique du taïchi chuan, je retrouvais beaucoup de similitudes avec les lectures de Morihei Ueshiba. D’ailleurs, il répondait volontiers à mes questions concernant les textes de O Sensei.

          Quand j’ai rencontré GU Meisheng,  j’ai remis en question ma pratique de taïchi chuan, tout comme j’ai requestionné ma pratique avec Hikitsuchi Michio.

– « Dans tout véritable art martial, il y a le yao ! »

          Pour ces deux Voies, l’aïkido et le taïchi chuan, les techniques sont différentes, les méthodes sont différentes, mais le but est le même. La conscience et l’expérience du yao (chinois) et du seichushin (japonais) nous conduit à notre Vraie Nature(6). http://www.ledojo.com/index.php/yao-et-seichuushin/

          C’est ce que je vais démontrer dans ce qui suit « L’Aïkido à la lumière du Taïchi chuan ». C’est là que réside le message de Morihei UESHIBA.
/http://www.ledojo.com/index.php/articles/laikido-a-la-lumiere-du-tai-ji-quan/

 

(1)  Ce jour-là, il y avait deux pouces, celui d’Annie et le mien. Annie a été ma compagne de route, elle est devenue ma compagne de vie.
(2)  Quartier de Tokyo où est situé l’Aïkikaï de Tokyo.
(3) Connu en France sous le nom « mouvement régénérateur », mis au point par Haruchika Noguchi (1911-1976).
(4) Ramana MAHARSHI est un grand sage indien (1879-1950)
(5) «  L’enseignement de Ramana Maharshi » – Spiritualités vivantes – Albin Michel
(6)  Bouddha, littéralement c’est «  l’éveillé ». Beaucoup d’appellations sont utilisées pour parler de cet état, « Vraie Nature, Vrai Moi ». Ramana Maharshi utilise le terme « Soi » par opposition au moi (ego). Les japonais utilisent le terme « satori ». Pour les taoïstes, le « Dao » (Tao), les confucianistes le « Ciel ». O Sensei a utilisé de nombreux termes pour qualifier cet état. http://www.ledojo.com/index.php/articles/laikido-a-la-lumiere-du-tai-ji-quan/le-yao/

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