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III – T E G A T A N A

 


 

T E G A T A N A – La « main-sabre »

         

          « L’énergie prend racine dans les pieds, se développe dans les jambes, est commandée par la taille (yao) et se manifeste dans les doigts » (1). Cette phrase est attribuée à Zhang Sanfeng* nous dit Catherine Despeux, elle ajoute qu’on la retrouve avec quelques variantes dans tous les livres sur le taiji quan.
          Avec ce texte nous voyons qu’il y a un lien direct entre les pieds (Gu Meisheng dirait les talons) et les doigts en passant par le centre. Les règles du taiji quan nous conduisent à vivre cette expérience.

          Pour comprendre ce qu’ O Sensei appelle la « main-sabre », je retiens les règles suivantes :

  • les mains doivent être fermes : « les paumes relevées, les doigts autant que possible droits, les pouces ouverts et portés légèrement en arrière » (2), ceci pour que le yao puisse prendre appui,
  • les mains ne bougent pas isolément, elles sont en lien avec le yao, sinon elles ne peuvent plus servir d’appui : « Pour que le yao puisse jouer son rôle, il faut qu’il trouve sa contrepartie. Cette dernière n’est autre que les pieds et les mains. On commence à sentir l’existence des mains avec lesquelles le yao maintient un lien manifeste. Les mains et les pieds représentent les quatre extrémités du qi, ils forment avec le yao cinq points interdépendants. Cette interdépendance est justement le lien correct entre le yao et le qi » (2).

          La main est à l’image du yao : un yao bien dressé aidera la main et les doigts à se dresser. Tout le corps s’organise autour du yao, il se « globalise » autour de ce centre. Ainsi le centre bouge sous le commandement du cœur**, met en mouvement une énergie qui va se déployer dans tout le corps de façon homogène – unifiée – et qui va se manifester principalement aux extrémités du corps : les deux mains et les deux pieds.
               Cette manifestation de l’énergie en mouvement se fera essentiellement autour des poignets et des talons et toujours en rotation.
            Ce sont les mains, en relation fine avec le centre, qui vont être projetées par ce centre. Ce centre se manifestera par le parfait équilibre entre l’énergie intérieure et l’énergie extérieure. C’est avec le qi, comme nous l’avons vu dans le chapitre sur le yao *** que la relation avec l’énergie extérieure s’effectuera.
              O Sensei nous dit la même chose :
          « Puisque l’art de la main-sabre implique que le souffle du ciel et de la terre ne fasse qu’un avec le souffle même de l’individu, de la même manière, les mouvements de son corps doivent être fondés sur l’unité yin-yang de la main-sabre. Si vous êtes capable d’envelopper avec audace votre adversaire de votre esprit, il vous devient facile de discerner ses mouvements et de vous connecter » (3).
             Dans ce texte, Morihei Ueshiba met en évidence trois choses :

  • Il n’y a pas de main-sabre s’il n’y a pas l’unité des souffles, celui de l’univers et celui de l’homme. Ce lien se fera avec un yao érigé**
  • la main-sabre ne peut bouger qu’en harmonie avec les mouvements du corps, autour du centre, le yao,
  • enfin avoir un yi*** bien développé.

          C’est avec ces trois choses conjuguées que l’on pourra guider le partenaire :
          « Les mains, les pieds et les hanches doivent être centrés et en ligne, l’esprit et le corps unifiés. Vous devez prendre conscience que la capacité de guider (ou d’être guidé par) une attaque dépend du mouvement des mains. Guidez une attaque de manière à vous harmoniser avec elle. Vous devez comprendre ce principe. Lorsque votre partenaire veut tirer, l’intention de tirer naît avant l’action proprement dite, et cette intention est ce que vous devez percevoir… L’aïkido est la capacité à percevoir les insuffisances » (3).
          On retrouve la nécessité de cette unité, la globalité du corps dans le taiji quan.  Zhang Sanfeng* dit :
          « Des pieds, aux jambes, à la taille, il faut une unité parfaite ; ainsi, vous serez capable, dans l’avance ou le recul, de saisir le bon moment et d’obtenir une position avantageuse. Sinon, le corps sera disloqué, défaut provenant des jambes et de la taille (Yao) » (1).
          O Sensei nous parle souvent de guider le partenaire :

          « Lorsque votre adversaire saisit votre poignet, guidez-le à travers les déplacements de vos pieds et amenez-le au sol avec vos mains » (3).

La question que l’on peut se poser : « Qui guide le partenaire ? »

         Les mains guident, elles sont en accord avec tout le corps, et le corps est en lien avec l’univers. Tout cela ne peut se faire qu’avec un nen approprié comme nous l’avons vu dans le chapitre 2 :
          « Avec le temps, les techniques aiki peuvent – en fait, doivent – être réalisées sans aucune préméditation » (3).
          « Ceux qui ne se sont pas unis à l’esprit universel ne peuvent s’harmoniser avec le mouvement de l’univers. »(3).
          Pour reprendre un des termes de Morihei Ueshiba, c’est « avec notre ciel et notre terre*** » que l’on pourra guider correctement le partenaire.

 

(1) Taiji quan art martial, technique de longue vie – Catherine Despeux- Éditions de la Maisnie.
(2) Règles à observer dans la pratique du taiji quan – Gu Meisheng.
(3) Aikido – Enseignements secrets – Morihei Ueshiba – Budo Editions.

 

* Créateur présumé du taiji quan (1127-1279).
** Chapitre 1- le yao.
*** Chapitre 2 – le yi, le shen, le nen.

 

Nous verrons comment mettre tegatana dans nos entraînements dans le chapitre 5 : « Au service de la pratique ».